Sport et cancer, l’importance de l’activité physique adaptée

Sport et cancer, l’importance de l’activité physique adaptée

Dr Nathaniel SCHER, oncologue-radiothérapeute
Dr Alain Tolédano, oncologue-radiothérapeute, Institut Rafaël & Institut de radiothérapie Hartmann.

L’activité physique est un déterminant important en santé publique, en contribuant à la baisse de la prévalence de plusieurs maladies. Le cancer se trouve au premier rang des causes de mortalité dans le monde. L’activité physique pourrait prévenir jusqu’à 25 % des cancers, en plus d’améliorer la survie et la qualité de vie des patients atteints de cancer. Les autorités de santé préconisent l’intégration de l’activité physique dans le panier de soins oncologiques de support relative à l’amélioration de l’accès aux soins de support des patients atteints de cancer. La loi de modernisation de notre système de santé du 26 janvier 2016 introduit la notion d’activité physique adaptée à la pathologie, aux capacités physiques et au risque médical dans le cadre du parcours de soins des patients atteints d’une affection longue durée (ALD), et notamment de cancer. La recommandation est celle d’une pratique d’activité mixte (développement des capacités cardio-respiratoires et renforcement musculaire), comportant des exercices d’intensité modérée ou élevée avec une quantité hebdomadaire de 30 min par jour d’activité physique au moins 5 jours par semaine. Le sport fait partie prenante du traitement du cancer et de l’après cancer. En effet, l’activité physique adaptée et régulière diminue le risque de développer certains cancers, facilite la prise en charge thérapeutique et diminue les risques de récidive et de mortalité après traitement de certains cancers.

Les bienfaits de l’activité physique adaptée

Une activité physique régulière d’intensité modérée à élevée, tout au long de la vie, réduit les risques de développer un cancer. Les données sont probantes pour le cancer du côlon, le cancer de l’endomètre et le cancer du sein. Elles sont plus limitées pour d’autres cancers (en particulier pour les cancers des poumons, de l’oesophage et du foie). Une activité physique régulière d’intensité au moins modérée est associée à des réductions de la mortalité et des récidives du cancer, avec des relations effet-dose, pour les cancers du sein, colorectaux et de la prostate non métastatiques. Chez les patients atteints d’un cancer, on observe des modifications de la composition corporelle et une altération de la condition physique en lien avec le cancer et avec les traitements spécifiques anti-cancéreux ce qui entraine un déconditionnement physique secondaire. Dans ce contexte, l’activité physique a comme intérêt:

  • Maintien de la masse musculaire et réduction de la masse grasse
  • Amélioration de la capacité cardio-respiratoire
  • Lutte contre la fatigue
  • Réduction des douleurs
  • Amélioration de l’anxiété de la dépression

 

Bénéfices de l’activité physique sur les traitements du cancer

L’activité physique réduit certains effets indésirables des traitements et optimise les possibilités de suivre un traitement de manière optimal pour le patient:

  • Sur le plan de la chirurgie: l’activité physique permet de réduire le taux complications post opératoire (cancer du sein et poumon). Dans le cadre du cancer du sein par exemple, l’activité physique améliore la récupération de la mobilité de l’épaule et limite les douleurs après une chirurgie. Après un curage ganglionnaire axillaire, l’utilisation du membre supérieur du côté opéré ne doit plus être interdites. Une activité physique adaptée en endurance ou en renforcement musculaire du membre supérieur homolatéral au curage pourrait prévenir l’apparition d’un lymphoedème, voire l’améliorer, mais ne l’aggrave pas. Elle améliore la mobilité de l’épaule, sans majoration des douleurs.
  • Les patients qui suivent un traitement de chimiothérapies et ou par thérapies ciblées bénéficient aussi des effets positifs de l’activité physique. En effet, l’activité physique réduit certains effets indésirables (nausées, fatigue) et favorise le maintien de la masse musculaire et du poids corporel, d’où une amélioration de la tolérance aux traitements spécifiques, ce qui augmente les chances de suivre un traitement optimal pour le patient.
  • Chez les patients en cours d’hormonothérapie (cas des cancers de la prostate et du sein) l’activité physique réduit les effets secondaires de l’hormonothérapie avec un gain ou un maintien de la masse, de la force et de l’endurance musculaires et une réduction de la perte de masse osseuse. En effet, l’apparition de douleurs articulaires, de myalgie et de bouffées de chaleur font partie des effets secondaires les plus gênants associés à l’hormonothérapie. La pratique d’une activité physique régulière permet de limiter ces gènes.

Recommandations en termes d’activité physique

En pratique, il est recommandé chez l’adulte :

  • une activité physique d’au moins 30 mn par jour de type cardio-respiratoire, d’intensité modérée à élevée, au moins 5 jours par semaine, en évitant de rester 2 jours consécutifs sans pratiquer. Il est recommandé d’inclure de courtes périodes d’activité physique qui stimule la fonction cardiorespiratoire d’intensité élevée (par exemple : Marche a plus de 5 km/h, course à pied, montée d’escaliers a vitesse rapide, Nage, vélo a plus de 15 km/h)
  • Au moins deux séances de renforcement musculaire par semaine des membres inférieurs, supérieurs et du tronc en respectant 1 à 2 jours de récupération entre deux séances
  • Des exercices d’assouplissement et de mobilité articulaire, 2 ou 3 fois par semaine.
  • Des exercices d’équilibre

Avant de commencer un programme d’activité physique, certaines précautions sont tout de même à suivre. Tous les patients atteints d’un cancer justifient d’une évaluation médicale minimale d’activité physique avec une évaluation du niveau de risque cardio-vasculaire. Les bénéfices d’une activité physique chez les patients atteints d’un cancer sont bien démontrés et sont supérieurs aux risques. Durant et après son traitement, le patient atteint d’un cancer doit donc éviter l’inactivité physique tant que l’activité physique n’aggrave pas ses symptômes. Le patient doit suspendre son activité physique et consulter si des symptômes inhabituels apparaissent (vertiges, nausées, douleur thoracique, douleurs osseuses, etc.). Chez un patient atteint d’un cancer, l’activité physique doit être personnalisée, raisonnée et adaptée à la condition physique, à l’état de santé et aux risques liés au terrain de chaque patient. Cette activité physique doit être supervisée, réévaluée régulièrement, en lien avec l’équipe oncologique et pratiqué dans des structures adaptées si possible.

L’activité physique s’adresse à toute la population et influence la baisse du risque du cancer. En plus, elle améliore la survie des patients ainsi que la qualité de vite de ceux-ci.