C’est un fait et non plus une « chimère » (ou un fantasme), le lien cancer et alimentation est aujourd’hui totalement avéré.

40% des cancers seraient évitables en modifiant quelques habitudes de vie.

Malheureusement comme tout chiffre l’interprétation de ce dernier n’est pas univoque et son sens prend de nombreuses formes au gré des interlocuteurs.

En effet, certains y voient une occasion de prôner le tout-répressif, d’autres la modération, d’autres encore cristallisent leur attention sur un élément-aliment qui pourrait être protecteur ou à l’opposé provoquer un cancer.

Cet article a pour objectif de faire un focus sur la viande et plus particulièrement la viande rouge pour tordre le cou aux idées reçues !!!

 

Dans un premier temps, explorons ce que disent les études :

En 2015, un groupe de travail, composé de 22 experts de dix pays différents nommés par l’OMS, rend son rapport sur les effets de la consommation de viande rouge et l’association potentielle d’un risque d’être atteint d’un cancer et notamment celui du cancer colo-rectal. Les experts classent alors la viande rouge comme probablement cancérigène (classe 2A) après avoir analysé plus de 800 études et la viande transformée comme cancérogène avec un niveau de preuve convaincant.

Parmi ces études, le groupe de travail a donné de l’importance aux études prospectives de cohortes réalisées dans la population générale et aux études cas témoins, ainsi qu’à celles qui utilisaient des questionnaires validés et ayant ajusté les principaux biais potentiels.

Une étude prospective vise à évaluer les effets de l’exposition à un facteur donné et dans laquelle les participants sont divisés en groupes « exposés » et « non exposés » avant que les résultats ne soient produits.

La première conclusion est la grande hétérogénéité des résultats obtenus sur l’association entre consommation de viande rouge et l’apparition de cancer du côlon. 12 études de cohorte sur 18 ont retrouvé une association positive et 6 sur 9 études cas-témoins. Enfin, sur les 10 méta-analyses retenues, il en ressort une augmentation de 17 % de risque relatif par apport de 100 grammes par semaine de viande rouge.

Dans l’étude d’Alexander (1) de 2015 cité par le rapport, lorsqu’on examine la relation dose-dépendante, nous n’observons pas de lien linéaire entre le risque de cancer du côlon et la consommation de viande rouge, c’est-à-dire un lien qui augmente proportionnellement à la quantité de viande rouge ingéré, mais une relation non-linéaire avec un plateau autour d’une consommation de 140g/jour.

Pour simplifier, ça qui veut dire que le lien entre consommation de viande rouge et cancer colorectal ne peut être certifié.

Et ceci peut s’expliquer par des biais importants non corrigés et des facteurs de confusion.

Nous pouvons citer plusieurs hypothèses pour expliquer ce fait. La consommation de viande rouge peut être un indicateur d’appartenance à un groupe d’individus qui aurait un mode de vie à risque vis-à-vis du cancer colorectal, mais qui ne serait peu ou pas dû directement à la consommation de viande rouge. En d’autres termes les individus consommant plus de viande rouge seraient aussi ceux qui consommeraient de faibles quantités de fibres ou seraient plus sédentaires.

Une nouvelle étude (2) parut en 2019, utilisant une autre méthodologie que celle de l’OMS conclut qu’il existe des preuves faibles à très faibles qu’un régime restreint en viande puisse avoir un effet sur la survenue de troubles cardiométaboliques, d’incidence et de mortalité par cancer.
D’autres études seront donc nécessaires pour affirmer avec certitude le lien entre cancer et viande rouge, qui s’il existe reste faible et expliquer les liens mécanistiques (analyse des substances nocives) de la cancérogénicité de la viande rouge.

Le directeur du CIRC (centre international de recherche sur le cancer), Dr Christopher Wild a déclaré : « Ces résultats confirment en outre les recommandations de santé publique actuelles appelant à limiter la consommation de viande. Dans le même temps, la viande rouge a une valeur nutritive. Par conséquent, ces résultats sont importants pour permettre aux gouvernements comme aux organismes de règlementation internationaux de mener des évaluations du risque, et de trouver un équilibre entre les risques et les avantages de la consommation de viande rouge et de viande transformée, et de formuler les meilleures recommandations alimentaires possibles ».

De là, les médias, les réseaux, les gourous ont conclu à préconiser sous forme d’injonction de ne plus consommer de charcuterie ni de viande rouge, qui s’est même étendu pour certains à ne plus consommer de viande du tout.

De quelle viande s’agit-il ?

Faisons le tri entre les viandes : viande rouge, viande blanche et viande transformée :

  • Viande rouge concerne le bœuf, l’agneau, le mouton, le cheval et la chèvre
  • Viande blanche rassemble les volailles, le lapin, le veau et le porc
  • Viande transformée par salaison, maturation, fumaison ou tout autre processus de transformation. On trouve les saucisses, les charcuteries, nuggets, cordon bleu…

La consommation de viande rouge a un intérêt indéniable sur la santé.

La viande rouge comme blanche apporte du zinc et des protéines bien assimilables par l’organisme. La viande rouge, quant à elle, est le pourvoyeur de fer héminique et de vitamine B12.

Il est possible de remplacer la viande par d’autres sources de protéines tels que les œufs ou le poisson. Il est toutefois nécessaire de prendre quelques précautions car les apports en fer et vitamine B12 ne seront pas couverts. De plus, il faut consommer plus de poissons, œufs ou légumineuses pour espérer assimiler la même quantité de protéines. C’est-à-dire qu’il faut un appétit plus féroce.

Pour exemple :

100g bœuf=3 Œufs=150g poisson=250g lentilles cuites

Ainsi, il est intéressant de varier les sources de protéines et d’aliments pour enrichir la diversité de nutriments et micronutriments absorbés.

Maintenant, un petit arrêt sur les « viandes végétales ».

Les viandes « végétale » ou le Canada Dry de la viande.

Elles sont le plus souvent composées de protéines de soja, de pois, de lupin ou de blé. Bon nombre de ces préparations sont des produits transformés donc à ne pas consommer trop souvent.

Pour choisir au mieux, choisir des produits les plus bruts possibles comme les émincés et effilochés non panés, s’intéresser à l’étiquetage et préférer les produits affichants au moins 15g de protéines pour 100g de produit.

Les recommandations diffèrent en fonction des besoins

Les objectifs sont différents en fonction des profils des personnes

  • Prévention
  • Pendant les traitements
  • Après les traitements

Consommation raisonnable de viande rouge ne veut pas dire plus de viande.

On peut bien évidemment choisir de ne pas consommer de viande rouge, il faut alors trouver des équivalents.

Quoiqu’on en dise les protéines végétales et animales ne se valent pas mais sont complémentaires et c’est pourquoi les personnes qui ne consomment plus du tout de viande doivent se complémenter en vitamine B12 et en fer via des compléments alimentaires (forcément passés par l’industrie !!!)

Il faut souvent manger plus de protéines végétales, donc l’appétit doit être au rendez-vous.

Pendant les traitements, les enjeux ne sont pas les mêmes. En fonction de la localisation de la maladie, du traitement reçu, le goût peut être modifié, la déglutition difficile, l’appétit très réduit, la fatigue est souvent très présente. Et nous devons préserver le plaisir.

Près de 40% des patients sont en état de dénutrition à l’annonce du traitement et en fonction de la localisation de la maladie, ce chiffre peut aller jusqu’à 88% des patients.

L’anémie est un effet courant de la chimiothérapie. Ainsi, un apport en vitamine B12 et en fer via la viande rouge est recommandé pendant les traitements. A condition, évidemment que le patient puisse ou veuille en consommer.

De plus, l’apport énergétique doit être suffisant pour avoir la force de supporter les traitements.

Les réseaux sociaux, Dr Google, amènent parfois des informations riches pour le patient et souvent compliquent également à coup de généralités, d’injonctions de faire ou de ne pas faire, en ne prenant pas en compte les spécificités individuelles, les traitements etc…

Pour diminuer encore les risques, la préparation de la viande prend toute son importance. Il est préférable de se diriger vers une cuisson douce, préparer la viande grâce à des marinades et des épices.

Les associations sont également à réfléchir, une bonne dose de vitamine C apportée par une belle salade permet de diminuer la toxicité éventuelle de la viande et de cuisson.

Ainsi, pour diminuer les risques de surconsommation et obéir à tous nos besoins, il est recommandé de varier et de diversifier les sources de protéines en alternant, viande, volaille, œufs, poisson, coquillages et crustacés. Tout en respectant les limites en consommant moins de 500g de viande rouge par semaine et moins de 150g de viande transformée par semaine

Aucun aliment n’est interdit, encore une fois, c’est l’excès de certains aliments qui est à cadrer.

Ici, encore, selon les valeurs de l’Institut Rafaël, c’est le parcours sur-mesure qui est primordial.

 

Références des études scientifiques citées :

1, Alexander DD, Weed DL, Miller PE, Mohamed MA. Red Meat and Colorectal Cancer: A Quantitative Update on the State of the Epidemiologic Science. J Am Coll Nutr. 2015;34(6):521-43. doi: 10.1080/07315724.2014.992553. Epub 2015 May 5. PMID: 25941850; PMCID: PMC4673592.

2, Johnston BC, Zeraatkar D, Han MA, Vernooij RWM, Valli C, El Dib R, Marshall C, Stover PJ, Fairweather-Taitt S, Wójcik G, Bhatia F, de Souza R, Brotons C, Meerpohl JJ, Patel CJ, Djulbegovic B, Alonso-Coello P, Bala MM, Guyatt GH. Unprocessed Red Meat and Processed Meat Consumption: Dietary Guideline Recommendations From the Nutritional Recommendations (NutriRECS) Consortium. Ann Intern Med. 2019 Nov 19;171(10):756-764. doi: 10.7326/M19-1621. Epub 2019 Oct 1. PMID: 31569235.