Lorsque l’on cherche à améliorer l’expérience patient, les patients émettent souvent la volonté d’échanger spécifiquement sur le thème de la considération et de la reconnaissance. « Je me sens un numéro dans cet hôpital », « il m’a annoncé le traitement sans me regarder, sans me considérer », « elle n’a pas daigné me dire la vérité »… ces critiques fréquentes à l’encontre des soignants amènent à réfléchir sur ce qu’est la considération et ce que sont les marques de considération, dont nombre de patients se plaignent du manque.

La considération

La clé de voûte de notre équilibre personnel est représentée par « nos besoins existentiels fondamentaux », c’est à dire notre besoin de se sentir exister grâce à : la considération, la reconnaissance, la compréhension, l’écoute et à l’amour.

Nous avons besoin de nous sentir exister dans le regard de l’autre. Lorsque la considération fait défaut, cela peut nuire à notre santé mentale, ce manque peut générer un mal-être.

Toute la technicité que la Médecine peut déployer ne peut souvent pas rattraper le manque de considération ressenti par le patient.

Il n’y a pas de symptômes nous alertant de cette carence, mais plutôt des signaux internes nous signifiant un manque.

Comme un cil qui gratte posé sur la joue, portant notre attention sur la cause de cette gêne pour le retirer, la douleur est l’appel à notre conscience de l’ordre en soi qui cherche à se rétablir.

La Considération est l’attention portée envers quelqu’un ou quelque chose, souvent confondue avec l’Estime, étant l’appréciation favorable vis à vis de quelqu’un ou quelque chose. La considération est représentée par des égards que l’on témoigne à quelqu’un après avoir pu apprécier sa valeur.

On peut considérer autrui, ou se considérer soi-même (ou pas) ; dans les cas de dévalorisation de l’image de soi, fréquents lorsqu’il existe une altération de l’image corporelle induite par les chimiothérapies par exemple, un besoin de considération et de reconnaissance est souvent accru.

Qu’est-ce que la reconnaissance ?

En droit, la reconnaissance est un acte unilatéral par lequel un État accepte de considérer qu’une situation ou un acte produit des effets.

La reconnaissance peut être uni ou bilatérale également.

C’est aussi un sentiment qui incite à se considérer comme redevable envers la personne de qui on a reçu un bienfait : Témoigner sa reconnaissance à quelqu’un.

“Le dialogue véritable suppose la reconnaissance de l’autre, à la fois dans son identité et dans son altérité.” Ainsi, le souhait de reconnaissance, faisant défaut à de nombreux patients, pourrait être une manière de vouloir faciliter la communication lorsqu’on est une personne soignée.

La sécurité d’un discours de vérité et d’une considération identitaire se dissimule à peine derrière le besoin de reconnaissance de nos patients.

Si « La reconnaissance est la seule dette qu’un débiteur aime à voir s’accroître », la « considération nous aide à rester humain dans un monde inhumain » disait Corrine Pelluchon.

Après l’ère mystique qu’a connu la Médecine et l’avènement du darwinisme et de la science, le progrès a toujours été prometteur du droit à une pleine santé. A une époque où les avancées technologiques sont perceptibles, les patients sont souvent déçus de l’imperfection d’une Médecine devenue plus technique qu’humaine.

Différentes formes de considération

Dans la considération, on passe du souci de soi au souci du monde. Il y a assurément des degrés dans la considération. Beaucoup ne vont pas jusqu’au « vivre pour » qui culmine dans l’engagement en faveur d’une cause honorant la vie. Ils en restent au « vivre avec », c’est-à-dire à la coopération au sein d’une communauté restreinte. C’est déjà bien, parce que, la plupart du temps, les conditions de la convivance ne sont pas réunies. On est là dans une simple coexistence, voire dans la défiance. Les vertus civiques et civiles sans lesquelles la démocratie est fragilisée ne vont pas de soi.

Dans les trois dimensions du vivre : « vivre de », « vivre avec » et « vivre pour », la considération n’est jamais acquise une fois pour toutes. La première étape est l’humilité, qui n’est pas une vertu, mais une expérience et une méthode. Elle n’est pas seulement liée à la prise de conscience de ses imperfections, mais au rappel de sa condition d’être engendré. Ce rappel, joint à l’expérience de sa vulnérabilité, dépouille l’individu des attributs sociaux, le rendant sensible aux autres et le disposant à la compassion. Enfin, l’humilité est nécessaire pour écarter la tentation de la toute-puissance et remettre le sujet sur le chemin de la considération.

Le projet personnel d’émancipation passe par la considération, chaque patient fragilisé mériterait d’être accompagné dans ce sens lors de sa convalescence. Sans la considération, les êtres sont atomisés ; ils vivent dans une coexistence indifférente, voire dans la défiance, et les passions tristes dégradent fatalement le lien social ou le détruisent. Les êtres, y compris dans les démocraties libérales, sont vulnérables aux formes autoritaires et totalitaires du pouvoir, à la domination. Aujourd’hui, la médecine est souvent perçue comme un déséquilibre entre le soignant sachant et le patient affaibli ; le mouvement de démocratie sanitaire tend à rééquilibrer les rapporte soignants-patients, aidés par la diffusion de la connaissance plus qu’efficace à l’ère du numérique.

Connaissances et Reconnaissance

Certaines versions du serment d’Hippocrate méritent d’être rappelées et contiennent la phrase :

« Je témoignerai à mes professeurs, à mes collègues et à mes étudiants le respect et la reconnaissance qui leur sont dus ; Je partagerai mes connaissances médicales au bénéfice du patient et pour les progrès des soins de santé  »

Cet oubli de la reconnaissance mène à des pathologies dont l’origine doit se trouver dans l’absence de réponse aux sollicitations affectives d’autrui par défaut d’attention, où de la sorte tout lien social est coupé.

S’il est vrai que « qui paye ses dettes s’enrichit », il convient de commencer par « reconnaître » ses dettes pour s’enrichir… la reconnaissance conduit le plus souvent un enrichissement…

La relation à autrui est au centre de la construction de soi comme sujet libre, désirant, agissant, pensant.

Si le patient peut « mourir » dans les yeux de ses soignants s’il n’est pas reconnu comme une personne à part entière, la considération comme attention singulière, autant que la reconnaissance comme sentiment construit, sont la clé de voûte de cette relation Médecin-Patient.

 Je suggérerai volontiers que « l’émotion est au sentiment, ce que la considération est à la reconnaissance » ; le comprendre est un préambule indispensable au mérite que l’on a de la confiance que nous porte nos patients…

Dr Alain Toledano

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jeudi 21 Novembre2019

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