Pour un patient, s’en remettre à un médecin, dévoiler ses sentiments intimes, dire des choses confidentielles, nécessite de la confiance. Un des enjeux majeurs de la relation entre soignants et soignés est la confiance ; en être digne, permet de mieux soigner. C’est lorsque cette confiance est installée, que l’on est en position d’influencer et de convaincre son patient. S’il a été démontré que la confiance d’un patient dans le personnel médical conduit à un soulagement de sa douleur, une amélioration de sa satisfaction et de sa qualité de vie, cette confiance dans les thérapeutes est une exigence clé lors du traitement. Elle est déjà posée comme un principe dans les directives éthiques et les codes professionnels.

Qu’est ce que la confiance ?

Définie comme « un état psychologique, se caractérisant par l’intention d’accepter la vulnérabilité sur la base de croyances optimistes sur les intentions (ou le comportement) d’autrui ».

La confiance renvoie à l’idée que l’on peut se fier à quelqu’un ou à quelque chose. Dans l’étymologie latine, le verbe confier (du latin confidere : cum, « avec » et fidere « fier ») signifie qu’on remet quelque chose de précieux à quelqu’un, en se fiant à lui et en s’abandonnant ainsi à sa bienveillance et à sa bonne foi. Cette origine souligne les liens étroits qui existent entre la confiance, l’espoir, la foi, la fidélité, la confidence, le crédit et la croyance.

Cela étant, la confiance ne doit pas être absolue et aveugle et les autres n’ont pas à être toujours fiables et dignes de confiance.

La personnalité et le vécu des patients conditionnent leur faculté à accorder leur confiance à leurs soignants. Les déceptions ressenties vis-à-vis des soignants comme des traitements engendrent souvent de la méfiance voire de la défiance. Si bien que la confiance, que les patients peuvent accorder à priori, n’est plus du tout aussi systématique qu’à l’époque où le soignant était considéré comme le sachant puissant. La plupart du temps les patients ont tendance à donner leur faveur plutôt que leur confiance.

La confiance dans la relation soignant-patient

Pour faire confiance, il faut pouvoir croire en l’autre et accepter le risque de la dépendance. C’est pour cela que la confiance n’est jamais « neutre ». Elle est fondamentale car, sans confiance, il serait difficile d’envisager l’existence même des relations humaines – des rapports de soins, de travail, jusqu’à l’amitié ou bien l’amour. Sans confiance, on ne pourrait même pas envisager l’avenir, ni chercher à bâtir un projet qui se développe dans le temps, comme l’exige la prise en charge des maladies chroniques par exemple.

Plusieurs variables structurantes jouent un rôle clé dans la création de la confiance :

1) les affinités (les atomes crochus entre soignant et soigné) ;

2) la bienveillance ou le soin qu’un thérapeute prend envers le bien-être du patient ;

3) les habiletés ou la reconnaissance des compétences du thérapeute (le soignant sait de quoi il parle et le patient sait ce qu’il veut) ;

4) l’intégrité.

Les deux premières composantes sont considérées comme étant émotionnelles puisqu’elles relèvent du (re)senti et le deux suivantes comme étant cognitives, puisqu’elles sous-entendent une évaluation rationnelle.

Le rapport de confiance que certains patients entretiennent avec leurs thérapeutes peut être une force dans la nécessité de supporter l’inconfort et les contraintes de certains traitements.

« La conviction tirée de la confiance est plus forte que toutes les assurances appuyées sur des preuves » disait Claire de Lamirande.

Avoir confiance en son thérapeute et avoir foi en lui diffèrent légèrement.

Bien qu’ayant une étymologie commune (latin fides), la confiance et la foi sont néanmoins assez distinctes : on a confiance en quelqu’un ou dans un système, mais la foi s’applique à Dieu. Dans un contexte de sécularisation, le mot « foi » a souvent perdu son sens religieux pour s’identifier à la confiance pure et simple.

La confiance entre les soignants

On confie un patient nous faisant confiance, à un autre soignant en qui l’on a confiance. La chaîne de confiance dans un réseau de soins est fondamentale et fait sa force. En termes de compétences techniques, de cohérence dans le discours, de comportement humain, cette relation de confiance entre soignants d’horizons divers est un ciment.

Il est également possible de définir cette confiance comme « un certain niveau de probabilité subjective », ce qui devrait permettre à un soignant de croire que l’autre accomplira ce qu’il attend de lui.

Faire confiance à quelqu’un signifierait dès lors d’envisager une coopération. La confiance envers les autres soignants n’excluant pas le contrôle, elle s’entretient et se (re)cherche en permanence.

La confiance en soi

Beaucoup pensent que pour être digne de confiance et l’inspirer, il faut avoir confiance en soi. La confiance en soi n’est pas identique à l’« estime de soi » qui se réfère à l’évaluation faite d’un individu en rapport à sa propre valeur. Selon certains psychologues, la confiance en soi est en rapport avec les capacités d’un individu, non ses valeurs.

Selon certains psychologues, la confiance en soi s’apprend, et est dé-corrélée du temps : il est possible d’accélérer l’apprentissage de sa confiance en soi, car elle est mentale, et non physique.

confiance en soi

L’absence de confiance, la méfiance, la défiance

Leonard de Vinci disait que « l’expérience prouve que celui qui n’a jamais confiance en personne ne sera jamais déçu ».

La déception est à l’inverse de la confiance un état ou un sentiment induit par une insatisfaction ou un échec. En médecine, les raisons de ces échecs peuvent être nombreuses, un état de déception installée peut être problématique pour prendre en charge un patient correctement. Elle peut être la source d’un stress psychologique à force d’entraîner plusieurs réactions négatives.

Si la confiance ne se réclame pas, elle se gagne en gouttes… et se perd en litres !

Cette confiance d’un patient en son thérapeute, soit on l’accorde spontanément soit on doit la gagner plus ou moins difficilement, quand même aurait suggéré le Cardinal de Retz : « On est plus souvent dupé par la défiance que par la confiance ».

La confiance en médecine est un outil thérapeutique fondamentale pour la conduite des relations et les prises en charge thérapeutiques de qualité. Cette confiance entre les soignants et les soignés a autant d’importance que celle qui doit s’installer entre les thérapeutes entre eux, ou encore la confiance en soi des thérapeutes permettant de mettre en confiance nos patients.

Docteur Alain Toledano
Cancérologue Radiothérapeute
Centre de Cancérologie Hartmann, Président de l’Institut Rafael

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Mardi 10 Décembre 2019

17h30 à 19h00 - Institut Rafaël

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