Douleur et souffrance, par Audrey Allain

Audrey ALLAIN - Psychologue clinicienne
Douleur et souffrance - Audrey Allain

Audrey Allain – Onco-Psychologue clinicienne

Institut Rafaël

 

Douleur et Souffrance

« Je ne peux supporter la douleur que quand elle ne fait pas souffrir » G. Feydeau.

Accueillir et Recueillir

La capacité du patient à transmettre le vécu de ses douleurs dépend en grande partie de l’accueil reçu. Un Homme praticien ne reçoit pas un symptôme, il reçoit un autre Homme, souffrant. On ne peut réduire le vécu douloureux d’une personne à une composante physique accessible aux seuls médicaments.

Les plaintes peuvent diminuer, s’amoindrir voire disparaître dans un environnement réceptif, chaleureux ou au contact de soignants plus disponibles, ce qui révèle la fonction d’appel de la plainte somatique. Le corps est le premier pôle d’interaction avec l’autre (mère/bébé). La plainte somatique vient alors s’inscrire comme une demande. C’est aussi un support de réglage car en y répondant, la mère, et plus tard le soignant, lui profère une valeur de message. Le corps est support d’appel à l’autre. La douleur peut prendre sens en tant qu’acte de parole.

« Par son corps-même, le sujet émet une parole. Toute parole appelle une réponse, ne serait-ce que par l’écoute » J. LACAN.

Ce corps s’abandonne au soignant et dans cette interaction, les plaintes douloureuses sont des mosaïques d’émotions et deviennent un lieu d’échange possible. Si la douleur repose sur une vraie vulnérabilité organique, lorsqu’elle s’adresse à un autre qui en comprend quelque chose, elle devient expérience subjective et traduit la relation que le sujet entretient avec le monde.

Douleur et Souffrance

Il est habituel de distinguer la douleur de la souffrance. La souffrance renverrait à la Psyché et la douleur au Soma. Il s’avère pourtant difficile d’entrer dans cette vision dualiste simpliste.

La douleur, bien qu’elle soit subjective renvoie à une réalité. Ses limites semblent donc plus nettes, plus précises. Elle appelle à une certaine matérialité, dans le sens où l’on pourrait envisager ses limites, la palper et par là même l’évaluer. Nous comprenons alors mieux pourquoi dans les hôpitaux fleurissent des réglettes visant à quantifier la douleur. Pourtant la douleur n’est pas « une », vécue uniformément par chacun. C’est une expérience individuelle subjective. La douleur dépersonnalise, le corps devient étranger à soi-même, comme emprisonné dans une chair rebelle. La douleur épingle l’homme à son corps sans lui laisser le choix.

La souffrance, elle, paraît comme flottante, insaisissable, elle renvoie à un au-delà de toute réalité et semble se jouer des limites. La souffrance on peut l’écouter, l’accompagner mais pas véritablement la traiter car elle se trouve impliquée dans la simple idée d’être sujet.

Comme chacun a pu le vivre, une douleur intense et durable désorganise l’appareil psychique, menace l’intégration du psychisme dans le corps, affecte la capacité de désirer et l’activité de penser. La souffrance nous semble aussi capable de déséquilibrer le psychisme mais loin d’être un frein à la pensée, elle semble la nourrir, l’alimenter, elle peut se définir dans sa fonction créatrice.

Conclusion

La qualité de présence auprès du malade, l’accompagnement, l’instauration d’une confiance sans défaut avec l’équipe soignante sont essentiels. Le soulagement efficace de la douleur, parce qu’il peut impliquer simultanément une action sur la souffrance, sollicite une médecine centrée sur la personne souffrante et non seulement sur des paramètres biologiques. La douleur et la souffrance ont à être accueillies, amorties, élaborées, intégrées conjointement et par tous les professionnels concernés, tant ceux relevant de la santé physique que ceux de la santé psychique.

Voilà la vision d’une médecine intégrative portée par l’Institut Rafaël qui reçoit le sujet dans toutes ses dimensions et transforme le symptôme en parole qui met au monde.

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