Par Ayala Elharar | Juillet 2021

Bien que tout ressenti soit éminemment subjectif et comporte une part d’incommunicable, j’aimerais partager avec vous « l’éveil des sens » que chacun de nous a pu, à sa façon, vivre durant cette retraite et qui nous a permis, selon le mot du musicothérapeute François-Marie. D, « de s’exercer à créer nous-mêmes les conditions du bien-être dans notre corps… »

J’aimerais tout d’abord souligner que la force de l’accompagnement et du care offerts aux patients tient à l’approche transdisciplinaire que nous avons adopté en tant que soignants à L’Institut Rafaël. Cette approche innovante tire elle-même sa force de la dynamique d’équipe qui la fonde : toutes les disciplines se combinent, et se répondent, se renforçant ainsi mutuellement pour co-construire avec le patient qui devient ainsi sujet, et non plus seulement objet, du soin.

Ce qui fit aussi la spécificité de cette retraite est qu’elle se déroula au magnifique château de l’Epinay, construit au XVIIIe siècle et situé dans un parc de vingt-cinq hectares aux arbres centenaires, dans un cadre à la fois intimiste et luxueux. Ce fut une parenthèse hors du temps, loin des agitations mondaines et des contingences matérielles ; un temps où les patients purent se retrouver –  à la fois avec les autres et avec eux-mêmes – afin de nouer, ou de renforcer, des liens d’amitié. Les repas jouèrent ainsi un rôle particulier et ont presque constitué aussi un soin à part entière ! L’atelier d’art-thérapie fondé sur un voyage olfactif construit avec des épices orientales a été, à l’instar d’une madeleine de Proust, l’occasion d’une réminiscence pour les patientes qui ont ainsi pu se reconnecter aux grandes tables de leur enfance et renouveler la vision qu’elles avaient d’un objet du quotidien, d’un condiment qu’elles trouvaient il y a quelques heures dans leur plat pour le retrouver ensuite sur la toile. Ce voyage olfactif s’est d’ailleurs poursuivi à la maison, une patiente m’ayant même quelques jours plus tard envoyé la dinde rôtie qu’elle avait préparée et qu’elle a égayée de plusieurs motifs artistiques grâce aux herbes de Provence et aux épices orientales qu’elle a utilisées ! Je rappelle ainsi le mot de la Danse-thérapeute Shéhérazade. B pour qui il s’agit justement durant ces moments de thérapie de « revisiter l’essence des sens pour encourager l’élan de la vie ».

Les soignants ont ainsi joué un rôle extraordinaire pour offrir une retraite qui a elle-même été extraordinaire, littéralement hors de l’ordinaire. Le cri de libération poussé par une patiente à la clôture du dernier atelier nous le rappela

avec force. Ce moment a en effet été très intense : cette retraite fut, selon elle, une renaissance ! Cela a été possible grâce à la présence constante des soignants. D’ailleurs, pour reprendre le mot de l’essayiste Natalie Barney, seul le rire a échappé à leur surveillance. Nous avons en effet aussi beaucoup ri durant cette retraite et l’on doit d’ailleurs un de nos très beaux moments de rire à l’Onco-esthéticienne Marie. A qui, grâce à ses masques pour la peau construits à partir d’éléments uniquement naturels, a laissé toutes nos patientes avec une peau tirant sur le rouge et devenue ensuite toute douce !

Au-delà du rire, toutes ces sensations trouvèrent un écho particulier dans notre corps. On doit ainsi à Federica.V d’avoir recrée un éveil des sens par le mouvement grâce au yin yoga et au vinyasa yoga, qui permettent, selon ses mots, « d’être vulnérable et résilient en même temps ». Paola.J, quant à elle, a accompagné avec beaucoup de douceur les patients vers une profonde pleine conscience. Comme le dit si bien Sri Iyengar, « Ce dont le monde a besoin, c’est de plus de mouvements conscients ».

Pour ajouter une note plus sucrée, j’aimerais rappeler le rôle joué par la Cheffe pâtissière Sandrine. B et son binôme l’intervenante Léa.D qui ont conduit les patientes au potager et leurs ont fait cueillir quelques aliments nécessaires à la préparation d’un dessert pour le moins original aux fraises, aux tomates et aux concombres ! Elles ont ainsi recréé une ambiance familiale où chacun était reconnecté à la nature, goûtant ainsi avec un plaisir encore plus intense le fruit de leurs créations. Ceci a permis, pour reprendre Sandrine. B, d’ouvrir à la fois les soignants et patients « à de nouvelles perceptions et émotions ainsi qu’à de nouveaux sentiments ».

Finalement, cette retraite, placée sous le signe de l’éveil des sens, a été symbolisée par l’accueil : accueil et acceptation de soi, accueil et ouverture à l’autre, mais aussi, et surtout, accueil de la beauté de la nature. J’aimerais ainsi conclure sur ce mot d’une grande profondeur de Merleau-Ponty (L’œil et l’Esprit) : « Qualité, lumière, couleur, profondeur, qui sont là-bas devant nous, n’y sont que parce qu’elles éveillent un écho dans notre corps qui leur fait accueil ».