Et si chimiothérapie et microbiote faisait équipe ?

Et si chimiothérapie et microbiote faisait équipe ?

Par Delphine Lichte Choukroune, docteur en pharmacie, nutritionniste à l’Institut Rafaël

Le Microbiote

L’écosystème intestinal doit être considéré comme un organe à part entière. Il est composé de 3 éléments majeurs en interaction permanente : la flore ou microbiote, l’épithélium ou barrière intestinale et le système immunitaire sous muqueux ou GALT.

La flore en bonne santé est un amas de bactéries, virus, parasites et champignons non pathogènes, 10 fois plus nombreuses que les cellules humaines pour un même individu.

Chaque adulte compte 3 grandes familles de bactéries qui regroupent 160 espèces de bactéries. Chaque personne a sa propre organisation de sa flore telle une « empreinte digitale microbiotique ».

On trouve des microbiotes au niveau de la peau, de la bouche, du vagin et de l’intestin qui est le plus important avec ses 2Kg de micro-organismes.

Les fonctions du microbiote

Un microbiote sain joue de nombreux rôles dans les fonctions digestive, métabolique, immunitaire et neurologique.  La flore intestinale assure le recyclage des sels biliaires, la digestion des protéines et des glucides, la synthèse des vitamines K1 et B12, la protection contre les germes pathogènes et empêche leur adhésion. Elle assure un rôle au niveau immunitaire en modulant la réponse inflammatoire intense ou de bas grade ainsi que la régulation du stress chronique en agissant sur le cortisol (hormone du stress).

La dysbiose

Nous devons la notion de dysbiose à Joshua Lederberg, Prix Nobel de Médecine en 1958.

La dysbiose correspond à un microbiote pathogène qui est le résultat de la perturbation de l’équilibre des espèces des bactéries commensales. Elle peut se caractériser par un appauvrissement de la diversité ou par l’élévation de certaines populations. Ce déséquilibre du microbiote peut découler d’une alimentation peu variée trop grasse, trop sucrée, trop alcoolisée, d’un stress non digéré devenu chronique ou encore par la prise d’antibiotiques, d’inhibiteurs de la pompe à protons ou d’anti-inflammatoires. Cette dysbiose touche aussi les sportifs de haut niveau mais aussi les personnes qui pratiquent l’activité physique intensément.

Cette altération du microbiote serait à l’origine de pathologies métaboliques comme le diabète, des maladies auto-immunes ou de certains cancers.

Microbiote et cancer

L’étude du microbiote intestinal ou deuxième cerveau est devenue centrale pour la recherche. Et la cancérologie ne fait pas exception. Certaines données permettent de lier certaines tumeurs à la présence de certains germes au niveau intestinal.

Lors des 13ème journée nationale d’oncogériatrie, des liens sont évoqués entre les cancers digestifs (estomac, pancréas, colon, rectum), le cancer du sein ou du poumon.

L’Institut Rafaël, dans son article du 18 Juin 2019, au sujet de l’immunothérapie, relate que « des chercheurs chinois sont revenus sur le rôle essentiel du microbiote intestinal dans la modulation locale et systémique du système immunitaire de l’hôte. L’immunothérapie fait partie des nouvelles stratégies thérapeutiques prometteuses en oncologie. Toutefois, on observe certains patients développer une résistance à ces molécules. Il serait donc essentiel de pouvoir cibler les patients répondant le mieux à ces traitements et/ou de favoriser la réponse à ces traitements. Or, plusieurs études récentes ont suggéré que le microbiote intestinal pouvait impacter l’efficacité de ces traitements »

Dans le cas de la chimiothérapie, le fruit d’une riche collaboration, entre l’Institut Gustave Roussy, l’Institut Pasteur et des chercheurs de l’INRA, a prouvé que la flore intestinale stimule les réponses immunitaires d’un individu pour combattre un cancer lors d’une chimiothérapie avec la cyclophosphamide. Ainsi l’action de certaines thérapies anticancéreuses serait modulée par la qualité de la flore.

Dans une étude britannique, des chercheurs ont montré que la composition du microbiote pourrait renforcer les effets fluoropyrimidines dans le cancer colorectal et qu’une complémentation en probiotique serait envisageable pour accompagner certaines thérapies anticancéreuses.

Renforcer son microbiote

Pour entretenir sa flore voire la corriger, le premier outil est l’alimentation sans excès de gras mais surtout riche en « bon gras », sans excès de sucre, une alimentation riche en fibres et en polyphénols mais pas sans plaisir. Lorsque le microbiote est malmené, il est capable de se régénérer grâce à une alimentation adéquate.

Pour accélérer la réparation du microbiote, plusieurs solutions sont à l’étude. Le transfert de microbiote, utilisé dans le traitement des infections intestinales à Clostridium difficile, consiste pourrait être envisagé. Il s’agit de transférer le microbiote d’un sujet sain à un sujet malade. Cette flore est capable de s’implanter et de renforcer le microbiote du sujet malade.

Les probiotiques sont des compléments alimentaires dont la composition bactérienne est différente de la composition de notre microbiote et ne peut donc s’implanter. Les probiotiques viennent en renfort de notre propre armée intestinale. La réponse à ces probiotiques est souche-dépendante et individu-dépendant. En effet, les effets des probiotiques sont variables d’une souche à l’autre, d’une personne à l’autre et en fonction des situations physiopathologiques.

De nombreux travaux ont décrit une synergie incontestable entre microbiote et thérapies anticancéreuses. Plusieurs stratégies sont à l’étude comme la détection des dysbioses et l’administration de probiotiques et/ou de prébiotiques que l’on pourrait nommer « oncomicrobiotiques ».

Encore une fois, l’intestin est au cœur des études. La recherche n’en n’est qu’à ses balbutiements pour percer les gènes des bactéries intestinales 100 fois plus nombreux que nos gènes humains. Un boulevard des « possibles » est face à nous.

Plan de déconfinement de l’Institut Rafaël

Plan de déconfinement de l’Institut Rafaël

Chères patientes, Chers patients,

Le déconfinement progressif se met en place
Pour garantir  une reprise  des parcours d accompagnement  dans les meilleurs conditions,
Le protocole d’accueil complet et détaillé, consultable ci-dessous , est dès à présent  à votre disposition à l’entrée de l’Institut.
Afin de préserver la sécurité de chacun , nous serons très attentifs  au respect de ces mesures sanitaires indispensables pour la poursuite sereine de notre action.

Dans cette période inédite, sans précédent, nous n’oublions pas que le cancer reste le combat qui nous anime,
Toutes nos équipes sont à votre écoute au : 01 79 36 08 48

Vidéo – La nicotine aide-t-elle à lutter contre le COVID-19 ?

Vidéo – La nicotine aide-t-elle à lutter contre le COVID-19 ?

En France, des chercheurs vont tester si la nicotine pourrait être utilisée pour traiter le Covid-19.

« C’est une possibilité intéressante », a déclaré le ministre de la santé Olivier Veran sur les ondes de la radio. « Nous en saurons plus bientôt. »

Une équipe de médecins français ont observé que peu de patients hospitalisés pour le Covid-19 étaient fumeurs. Ils ont également émis l’hypothèse que le nouveau virus pourrait impliquer des récepteurs dans l’organisme qui réagissent à la nicotine. Afin de déterminer si la nicotine pourrait avoir un mécanisme de protection contre le COVID-19, ils effectueront des tests cliniques à l’aide de patchs, dont un sur du personnel médical.

L’approche des scientifiques français va à l’encontre de la pensée dominante sur la nicotine : L’Organisation mondiale de la santé a déclaré que le tabagisme augmentait probablement le risque de complications liées au Covid-19.

Une étude montre que le tabagisme ouvre la voie à l’infection par le coronavirus

L’idée n’est pas de rendre plus de gens dépendants à la nicotine ou au tabac, qui tue environ 80 000 personnes chaque année en France et qui est un facteur de risque pour le cancer.

« Il existe des substituts à la nicotine qui peuvent être développés en laboratoire et qui permettraient d’éviter ses effets d’accoutumance », a déclaré M. Veran.

 

L’après traitement en cancérologie ou le CANCER BLUES

L’après traitement en cancérologie ou le CANCER BLUES

Accompagner le patient après ses traitements

Par Catherine Adler Tal – Onco Psychologue à l’Institut Rafaël

« Vous êtes guérie (en rémission). On se revoit dans 6 mois ! » 

Cette phrase que l’on attend depuis des mois ne fait pas toujours l’effet escompté. Pourquoi ? Pourquoi tout d’un coup, l’on ressent un grand vide plus la culpabilité de ne pas sauter de joie ?

Ce ressenti, je l’ai nommé le CANCER BLUES. Comme je dis souvent à mes patients : « ce n’est pas sur le champ de bataille que les soldats font des dépressions, mais après, une fois la paix revenue ». Cet « après maladie » devrait être préparée comme on prépare une mise à la retraite ou une sortie de prison (que vais-je faire de ma liberté ?)

Cette dépression est à prendre dans le sens premier du terme : baisse de pression..

Que ressent-on généralement après un traitement contre le cancer ?

Petite liste non exhaustive de toutes les raisons qui font que l’après maladie n’est pas ce grand moment de bonheur que l’on pourrait attendre.

  1. Perte de ses repères : lors du parcours de soin, le patient a des repères, désagréables certes, mais existants : Rendez-vous médicaux, chimio, radiothérapie, etc. Et puis, d’un coup plus rien. Il perd ses anciens repères et n’a pas eu le temps d’en construire d’autres. Il se retrouve dans un creux de vague avec un sentiment de vide, d’abandon..
  2. Epée de Damoclès : ce sentiment d’abandon de la part du médical se traduit par une peur, peur de la rechute. En effet, pendant les traitements, on a l’impression, à tort ou à raison, que rien de grave peut arriver. Mais ensuite, on devient parano, hypocondriaque. On ne s’autorise plus un mal de dos ou de tête sans faire de lien avec le cancer. On vit dans l’anxiété sans plus personne pour nous rassurer.
  3. L’entourage s’empresse d’oublier « Super ! tu es guéri ! champagne ! on passe à autre chose ! c’est derrière toi tout ça ! ». Et on attend qu’on redevienne la même qu’avant. On ne tient pas compte de la fatigue, des effets indésirables des traitements, de l’angoisse, etc.etc. La convalescence d’un cancer est longue. Il faut en moyenne une bonne année pour se reconstruire physiquement et psychologiquement. On ne se remet pas de cette épreuve comme on se remet d’une angine ! . Mais ça arrange tout le monde de penser que « c’est fini ! ». Du coup le patient se sent encore plus seul, incompris, abandonné et contraint de se remettre à son quotidien comme si rien ne s’était passé avec toujours ce sentiment de culpabilité : « pourquoi je n’y arrive pas ? ».
  4. Le décalage avec l’environnement. Ou plutôt le gouffre… Plus de patience pour ceux qui se plaignent pour un oui pour un non, plus de temps à perdre avec les bêtises du quotidien.
  5. Le travail. Incompréhension des collègues et des supérieurs. Vous êtes « guéri » donc même charge de travail, critiques quand vous ralentissez le rythme, impression de ne plus y arriver, d’avoir perdu efficacité, mémoire, concentration, énergie…
  6. La sexualité. Plus de libido, douleurs, sécheresse, difficultés érectiles, plus d’envie de la part du (de la) partenaire qui garde de vous l’image d’un (e) malade… plus de séduction, plus d’érotisme…
  7. L’angoisse avant les contrôles, les questionnements quasi quotidiens : vais-je rechuter ? Voir mes enfants grandir ? Vais-je y arriver ? Retrouver ma féminité (virilité) ? Mes désirs ? Ma joie de vivre ? Aurai-je toujours la peur au ventre ? Vais-je retrouver le sommeil ?…..
  8. Les maladresses, gaffes de l’entourage par ignorance, par besoin de toujours trouver un truc à dire alors qu’on ne leur demande rien. Cela blesse, traumatise, marque, rentre dans le cerveau et laisse des cicatrices… (ex : « ah ma voisine, elle a eu la même chose et après quelques mois, elle a rechuté »)

C’est pour toutes ces raisons et bien d’autres encore que l’Institut Rafaël s’est donné pour mission d’accompagner ses patients, non seulement pendant leur parcours de soin, mais aussi et surtout dans leur réintégration à une vie « normale » voir meilleure.

Ainsi, d’une part, ils ne se sentent plus abandonnés mais d’autre part, ils se reconstruisent grâce à une équipe de soignants médicaux,  paramédicaux, humanistes, engagés, qui œuvrent ensemble pour le bien être de chacun.  L’Institut Rafaël prend en soin la personne dans sa globalité et non juste sa maladie.

Cela veut dire que l’I.R s’intéresse à chacun individuellement et à tous les aspects de son quotidien (physique, moral, social, culturel, familial, professionnel,..). L’I.R apporte une réponse adaptée et collective aux besoins du patient. Un parcours de soin est élaboré pour chacun d’entre eux. Il est réévalué si besoin est. Personne ne travaille seul dans son coin mais en collaboration avec les partenaires de ce parcours. Médecins, professionnels de santé et de l’humain en général, travaillent main dans la main pour améliorer sans cesse le bien être du patient, pour penser ensemble, pour chercher des idées innovantes et performantes.

Soigner, prendre en soin, c’est aussi être à l’affût et constamment curieux de tout ce que peut inclure une médecine intégrative et intelligente.

Voilà pourquoi l’après cancer est une des missions de l’Institut Rafaël car nous sommes tous conscients que sortir du cancer n’est pas chose aisée…

Quand confinement résonne avec résilience

Quand confinement résonne avec résilience

Cette semaine devait être celle de la « retraite Rafaël », un formidable moment collectif d’ouverture et de développement personnel dans la pluridisciplinarité : Avec 25 patients, nous nous apprêtions à explorer la notion de résilience. Mais la réalité veut que ce soit la semaine de l’annonce et du début de confinement général lié à l’épidémie du Covid-19. L’univers nous envoie ce message impérieux : nous devons tous travailler sur cette notion de résilience !

Qu’est-ce que la résilience ?

Selon John Bowlby, le psychiatre anglais qui a élaboré ce concept à la fin de la Seconde Guerre mondiale, c’est la capacité du psychisme à surmonter un traumatisme, à reprendre un bon développement psychologique et le cours « normal » de sa vie. Simplement dit, c’est notre capacité à accepter le changement, à rebondir, à transformer une épreuve en une série d’enseignements qui vont nous permettre d’aller de l’avant (lire aussi Un merveilleux malheur de Boris Cyrulnik)

Comment pouvons-nous nous montrer résilients, en ce moment ?

  • En structurant nos journées, en respectant nos rythmes de sommeil et d’alimentation et en se créant une routine journalière inédite avec l’ajout de nouvelles activités sûrement un peu délaissées jusqu’alors comme la lecture, la cuisine, le tri, l’allègement… avec tant de bénéfices collatéraux !
  • En restant chez soi mais en se reliant les uns les autres, pour limiter et faire redescendre l’angoisse via le téléphone, les réseaux sociaux, Skype, Face time… Les soignants de l’Institut Rafaël ont mis en place une cellule de soutien pour les patients au 01.79.36.08 69.
  • En accueillant nos ressentis physiques, nos sentiments, nos émotions sans résistance ni jugement, par des moments de méditation de pleine conscience (Petit Bambou, Mind sur smartphones) ou toute technique d’introspection. L’Institut Rafaël va mettre en ligne prochainement des contenus pluridisciplinaires pour répondre aux émotions, aux symptômes les plus fréquemment ressentis en cette période déstabilisante.
  • En restant centré sur notre objectif de l’après-cancer, en prenant soin des dimensions physique, mentale, émotionnelle, énergétique et spirituelle de notre être, nous sortirons forcément grandis de ce moment de confinement.

Il est extrêmement rare que la montagne soit abrupte de tous côtés, André Gide

Paola Giblas, professeur de Yoga, Institut Rafaël

Gestion du COVID19 à l’Institut Rafaël, Maison de l’après cancer

Gestion du COVID19 à l’Institut Rafaël, Maison de l’après cancer

Cette période de mobilisation collective contre le COVID19 est aussi utile pour aider à ne pas répandre l’épidémie virale auprès des plus fragiles, que pour se remettre individuellement et collectivement en question.

L’Institut Rafaël prend en charge des patients pendant et après traitement de cancers, en leur offrant un parcours d’accompagnement orienté vers les émotions, la nutrition, l’activité physique et le bien-être. La première année d’ouverture (2019), plus de 11 000 soins offerts et évalués ont été réalisés par 70 soignants médicaux et paramédicaux, auprès de 1300 patients et aidants.

En cette période de « distanciation sociale » imposée, pour lutter collectivement contre la propagation du COVID19, nous avons interrompu les soins paramédicaux en consultation présentielle à l’Institut Rafael, pour concentrer nos efforts essentiellement sur la prise en charge cancérologique spécifique ; en organisant par ailleurs des suivis par téléconsultation pour chaque discipline qui s’y prêtait. 

Symptômes du COVID19 chez les patients fréquentant la maison de l’après cancer

Le premier jour des mesures de confinement en France (17 mars 2020), nous avons mobilisé une équipe d’une trentaine de soignants paramédicaux pour prendre contact et avoir un entretien téléphonique structuré et bienveillant avec 260 patients, qui ont fréquenté l’Institut Rafaël les 20 jours passés.

Cette démarche alliait la nécessité de pérenniser le lien qualitatif entretenu avec chaque patient, autant que la nécessité médicale de prévenir des méfaits de l’infection virale que nous étudions tous à notre échelle.

Lors des entretiens téléphoniques, nous évaluions les 3 symptômes majeurs pour le diagnostic de COVID19 : fièvre, toux sèche, essoufflement, et enfin on demandait aux patients de noter leur état général de 0 à 10.

260 patients ont été évalués pour ces items, 20% des patients présentaient un ou plusieurs symptômes. Parmi ces patients, 206 ne présentaient aucun symptôme. 32 patients déclaraient avoir un symptôme majeur, 19 déclaraient avoir 2 symptômes, et enfin 4 déclaraient avoir les 3 symptômes fièvre, toux et essoufflement.

Pour détailler plus, 8% des patients avaient de la fièvre, 15% de la toux sèche, et 8% un essoufflement supérieur à la normal.

Le bien-être général a été évalué avec moyenne de 7 à 8 sur 10 sur l’ensemble des 260 patients. L’anxiété déclarée par les patients lors de l’entretien téléphonique était peu importante.

100% des patients étaient satisfaits et rassurés que leurs soignants prennent de leurs nouvelles.

Tous ces symptômes ressentis n’étaient pas forcément dus à une infection par COVID19, les autres syndromes grippaux et les effets secondaires des différents traitements peuvent aussi être en cause.

Les patients suivis médicalement et par une équipe paramédicale ont probablement plus de chance de lutter contre l’intensité des peurs générées par l’épidémie virale, cela serait à évaluer dans une étude prospective. 

Les enseignements du COVID19, le retentissement humain

De façon plus générale, le cancer engendre des peurs multiples (peur de mourir, peur de souffrir, difficulté à penser l’avenir etc.), leur intensité altère souvent la qualité de vie des patients et celle de leurs proches.

Notre action à l’Institut Rafaël est d’aider à développer la résilience (la capacité à rebondir) de chacun après un traumatisme, stratégie médiée par le sens que nous donnons, le travail sur les affects, et l’interaction avec l’environnement, comme le décrivait l’écrivain Boris Cyrulnik.

L’épidémie de COVID19 a rappelé à toute la société la fragilité de la condition humaine, et génère des peurs de mort qui peuvent s’apparenter à certains égards aux peurs que provoquent le fait d’être diagnostiqué d’un cancer.

Nous n’avons pas encore assez de recul pour mesurer justement l’impact traumatique de l’association du COVID19 et du cancer, mais il apparaît évident que la santé mentale, la santé psychologique, la santé sociale et la santé sexuelle pourraient être affectées. Nous menons des études sur ces sujets.

Nous nous demandons également si la gestion des peurs engendrées par le COVID19 pourrait être gérée de la même manière globale que celles qui sont provoquées et ressenties par les cancers.

Cette étude est pour nous aussi l’occasion de valoriser le travail et l’engagement de notre équipe soignante, surtout tous nos acteurs de soins paramédicaux, qui ne travaillent pas essentiellement sur la maladie, mais autour des patients et de leurs projets de vie. Ils tiennent une place fondamentale dans l’accompagnement des patients atteints de cancer, et les autres. Qu’ils soient psychologues, sophrologues, sexologues, nutritionnistes, acupuncteurs, art thérapeutes, onco-esthéticiennes, ostéopathes, kinésithérapeutes, danse thérapeutes…etc ; mobiliser du temps est une approche qualitative précieuse, dont la culture encrée à l’Institut Rafaël nous a permis, en une journée de confinement, de maintenir et recréer le lien avec une large cohorte de 260 de nos patients en cours d’accompagnement ces vingt derniers jours.

La bienveillance et le professionnalisme au service de l’autre, la « philosophie du care », sont une des voies de transformation positive de notre système de santé, qui aura besoin de lueurs d’espoirs après cette épidémie de COVID19.

Si pour lutter contre certaines peurs il faut de l’information et de la transparence, pour lutter contre la souffrance il faut générer de l’espoir et de la solidarité humaine.

Notre politique d’informations gagnera à prendre en compte le langage des affects, comme elle prend déjà en compte le langage des chiffres et des hypothèses statistiques.

Si le cancer tue encore de façon pandémique 150 000 personnes par an en France, et plus de 10 millions de personnes par an dans le monde, nous tous avons déjà l’espoir de le vaincre et continuons à vivre avec et après le cancer.

Puisse l’épidémie infectieuse actuelle bénéficier de la puissance affective que nous avons capitalisée en combattant le cancer à l’Institut Rafael comme ailleurs, et n’oublions pas qu’une fois l’épidémie de COVID19 passée, nous aurons à repenser nos systèmes de soins et plus largement notre modèle de santé globale.

« Un pour tous et tous pour un »

Docteur Alain Toledano, Cancérologue, Président de l’Institut Rafael
et toute l’équipe de l’Institut Rafaël 🤞