Microbiote intestinal et cancer

Microbiote intestinal et cancer

Le microbiote intestinal représente l’ensemble des micro-organismes qui peuplent votre intestin. L’équilibre entre levures, champignons, bactéries et autres micro-organismes y est fondamental pour votre santé (1). Le microbiote évolue en fonction de l’âge et sa constitution débute dès la naissance. Le système digestif du nouveau-né est rapidement colonisé par un microbiote « simple » provenant des bactéries vaginales et fécales de sa mère. L’allaitement apportera des bactéries favorables, telle que les bifidobactéries, mais la stabilisation du microbiote intestinal prendra environ trois ans et dépendra de nombreux facteurs.

Aujourd’hui, on estime que des centaines d’espèces de bactéries composent le microbiote intestinal, partagé entre des espèces dominantes, des espèces plus rares et des espèces transitoires circulant le long du tube digestif. Le côlon, à savoir le gros intestin, porterait jusqu’à dix mille milliards de bactéries, soit autant que le nombre de cellules de votre corps. Le côlon fait donc partie des écosystèmes microbiens les plus densément peuplés de la planète !

C’est au grand âge que les variations sont les plus marquées. Le microbiote est alors appauvri par les changements physiologiques, comme une diminution de l’immunité, une alimentation moins variée, la prise de nombreux médicaments y compris des antibiotiques et surtout le mode de vie, parfois moins indépendant. Les personnes âgées résidant en maison de retraite ont ainsi un appauvrissement de leur microbiote plus marqué que les personnes âgées qui restent à domicile et gardent leur régime alimentaire habituel. Cette modification profonde de l’équilibre du microbiote peut alors conduire à des pathologies, comme des inflammations de l’intestin et une plus grande sensibilité aux infections.

Différentes fonctions du microbiote intestinal

Le microbiote peut être considéré comme un organe fonctionnel du corps humain. Il est en étroite interaction avec votre intestin et joue différents rôles majeurs. Un microbiote sain met en place un véritable partenariat, une symbiose, avec votre intestin et assure des fonctions aussi bien locales que systémiques, c’est -à-dire à l’échelle de tout votre corps. On distingue :

  • Un rôle de barrière contre les microbes, toxines… et de production de mucus protecteur des cellules de l’intestin.
  • Un rôle de défense par le développement du système immunitaire intestinal.
  • Un rôle de maintenance : maturation du tube digestif, entretien de la muqueuse intestinale…
  • Un rôle métabolique en favorisant la digestion et en participant à la synthèse de métabolite.

Des chercheurs chinois sont revenus sur le rôle essentiel du microbiote intestinal dans la modulation locale et systémique du système immunitaire de l’hôte (2). L’immunothérapie fait partie des nouvelles stratégies thérapeutiques prometteuses en oncologie. Toutefois, on observe certains patients développer une résistance à ces molécules. Il serait donc essentiel de pouvoir cibler les patients répondant le mieux à ces traitements et/ou de favoriser la réponse à ces traitements. Or, plusieurs études récentes ont suggéré que le microbiote intestinal pouvait impacter l’efficacité de ces traitements. 

Un déséquilibre du microbiote favoriserait le cancer

En cas de dysbiose, le microbiote peut fournir des métabolites toxiques ou cancérogènes voir jouer un rôle direct de promoteur via l’induction d’une inflammation chronique ou d’une immunosuppression.

Un microbiote déséquilibré impacterait l’efficacité des immunothérapies

Des études rétrospectives de cohorte ont montré le rôle néfaste de l’utilisation d’antibiotiques chez des sujets souffrant de cancer du poumon, du rein ou de la vessie et traités par anticorps monoclonaux ciblant le PD1. L’une d’entre elle a été présentée à l’European Lung Cancer Congress à Genève en avril 2019. La survie globale et la survie sans progression du cancer seraient d’ailleurs significativement augmentées chez les patients traités par anti-PD-1 ne recevant pas d’antibiotiques en routine. Cette constatation laisse supposer que la destruction du microbiote intestinal impacterait l’immunité anti-tumorale et la réponse à l’inhibition des check points immunitaires. 

Un microbiote équilibré lutte contre le cancer

bacteries cancerLes bactéries intestinales pourraient contribuer à lutter contre le développement de cancer… à distance des intestins. Une relation dose-dépendante a été mise en évidence entre l’utilisation d’antibiotiques et le risque de cancer.  Si l’abondance de certaines espèces a été mise en évidence chez les bons répondeurs aux anti-PD1, il faut savoir qu’une plus faible diversité et une moindre abondance en micro-organismes intestinaux ont également été soulignées chez les patients non-répondeurs. 

Ainsi, le recours à des prébiotiques via l’alimentation ou des supplémentations sont des solutions pour maintenir un microbiote bénéfique à l’immunité anti-tumorale. L’ajout de symbiotiques favoriserait également l’essor des bactéries bénéfiques pour l’immunité.

Si certaines études cliniques montrent un lien entre microbiote intestinal et cancer, les mécanismes de régulation en jeu restent à éclaircir.

  1. https://www.biocodexmicrobiotainstitute.com
  2. Li W, Deng Y, Chu Q et al. Gut microbiome and cancer immunotherapy. Cancer Letters 2019 April; 447:41-47

 

Article rédigé par le Dr Daniel Toledano

Cancer et compléments alimentaires : gare à l’automédication

Cancer et compléments alimentaires : gare à l’automédication

Aujourd’hui nous pouvons en trouver partout. En pharmacie bien sûr mais aussi dans les supermarchés, dans les magasins BIO et aussi malheureusement sur internet.

Liquides, solides en comprimés, en gélules ou en ampoules, ils prennent toutes les formes et toutes les couleurs.

Plein de promesses et de vertus, il ne faut surtout pas les considérer à la légère. Si au mieux ils ne vous font rien ils peuvent, au pire, faire de gros dégâts. La bonne nouvelle c’est qu’ils peuvent aussi vous soulager s’ils sont pris à bon escient et conseillés pour vous.

Dans le vaste monde des compléments alimentaire l’enfer est pavé de bonnes intentions.

Compléments alimentaires on parle de quoi ?

Officiellement : « les compléments alimentaires sont des denrées dont le but est de compléter le régime alimentaire normal et qui constituent une source concentrée de nutriments ou d’autres substances ayant un effet nutritionnel ou physiologique seuls ou combinés, commercialisés sous forme de doses ».

Je vous l’accorde, cette définition est indigeste !

En pratique : les vitamines et oligo-éléments, les antioxydants, les extraits de plantes, les tisanes, les acides aminés, les acides gras, les huiles essentielles, les probiotiques, les prébiotiques…

Que recherchons-nous ? De la santé en gélule ? de l’énergie ? un meilleur sommeil ? On essaye de soulager les effets secondaires des traitements ? d’augmenter ses chances de guérison ? perdre du poids ? renforcer ses cheveux ?…

Toutes les attentes sont légitimes et méritent d’être entendues et prises en charge.

Cancer micro nutrition

Comment les utiliser ?

Les études révèlent que 54 à 81% des personnes touchées par le cancer consomment des compléments alimentaires souvent sans en informer l’entourage médical.

Dans le cadre du traitement du cancer, les compléments alimentaires peuvent améliorer la qualité de vie à court ou moyen terme mais ATTENTION aussi l’aggraver à long terme. Ils peuvent aussi diminuer l’effet thérapeutique de certains traitements.

En effet, suivant que le cancer est hormono-dépendant ou non, en radiothérapie en chimiothérapie ou en hormonothérapie, la réponse ne sera pas la même.

Prenons l’exemple concret d’une femme atteinte d’un cancer du sein. Pendant son traitement de chimiothérapie, la prise d’un complexe multivitaminé va accentuer son sentiment de fatigue. A l’inverse, plus tard après son traitement ces mêmes vitamines vont améliorer son état de santé.

En fait, il n’y a pas une réponse mais des réponses qui sont fonction des personnes, de la maladie, des traitements, du moment, du mode de vie, de l’alimentation, des pathologies concomitantes… Il y a une réponse unique pour chacun et donc pas de super-aliment miracle !

Quels compléments et comment les acheter ?

La qualité des « vitamines » compte également.  Tous les « magnésium » ne se valent pas et la différence est énorme entre un oxyde, un bisglycinate ou un citrate de magnésium.

Pour faire un tri avisé, il est essentiel de faire appel à un professionnel de santé formé et informé et d’en parler à votre oncologue.

La filière de distribution est fondamentale : Vous avez l’option supermarché, magasin bio, internet ou par correspondance donc seul devant un écran ou un rayon pléthorique sans personne pour vous guider.

Selon une enquête publiée en 2008 par l’Alliance européenne pour l’accès à des médicaments sûrs (EAASM) :
•    62 % des médicaments achetés en ligne sont des contrefaçons ou des produits de qualité inférieure.
•    94 % des sites Web ne disposent pas d’un pharmacien attitré aux compétences vérifiables.

Ou vous avez l’option Pharmacie où vous trouverez un professionnel qui délivre des produits dont la filière est sécurisée.  Le conseil devra être soumis à l’avis d’un spécialiste des réseaux de cancer.

L’accompagnement de l’institut-Rafaël et la micro-nutrition

Nous l’avons vu la prise de compléments alimentaires ne doit pas être faite à la légère. Néanmoins il est possible d’en prendre pour améliorer sa qualité de vie, soulager des effets secondaires… MAIS Il faut impérativement demander conseil à un professionnel de santé qui va écouter votre demande, adapter la réponse à vos obligations médicales et adapter la dose. Il est également essentiel d’en parler au corps médical qui vous entoure.

Les premiers compléments alimentaires santé à consommer sont les fruits et les légumes. A choisir de saison, colorés et osez la diversité.

Il existe de nombreuses variétés de pommes, de poivrons etc… chaque couleur dans l’assiette apporte des vitamines et des antioxydants naturels et protecteurs.

Une fois que votre alimentation sera optimisée, nous évaluerons vos véritables besoins micronutrionnels que l’on pourra complémenter.

Source : Delphine Lichte-Choukroun. Dr en Pharmacie & Nutritionniste