Les nanotechnologies : quels enjeux en santé ? Application en oncologie ?

Les nanotechnologies : quels enjeux en santé ? Application en oncologie ?

Définition des nanotechnologies

Un nanomètre (10-9 m, ou nm), du préfixe nano qui signifie nain en grec, correspond environ à la distance entre deux atomes. À titre de comparaison, une molécule d’eau mesure 0,1 nm, le diamètre de l’ADN est de 2 nm et celui d’un virus varie selon les espèces entre 30 et 200 nm.

Les nanotechnologies et les nano-objets regroupent les techniques et les outils du monde de l’infiniment petit : le millionième de millimètre. Travailler à une telle échelle offre des perspectives immenses dans de nombreux domaines : énergie, cosmétique,  informatique… En santé, les « nanos » devraient conduire à d’importants progrès dans les méthodes diagnostiques et les approches thérapeutiques (1).

Nanotechnologies et diagnostique médical

Dans le domaine de l’imagerie médicale, de nombreux examens (IRM, Scintigraphie, Scanner…) reposent sur le suivi de produits de contrastes injectés dans l’organisme. Les nanoparticules représentent une alternative intéressante car elles pourraient améliorer la résolution et la spécificité des images obtenues, tout en étant mieux tolérées par l’organisme. D’autres perspectives se dessinent également dans le domaine de l’imagerie fonctionnelle, grâce à laquelle il est possible d’étudier de façon dynamique le fonctionnement d’un tissu normal ou pathologique. Pour exemple, des nanoparticules photolumineuses comportant des protéines qui reconnaissent spécifiquement certaines cellules sont développées : leur photoluminescence s’active lorsqu’elles se lient à leur cible, rendant possible leur observation par imagerie médicale. Dans un avenir plus lointain, un composé thérapeutique pourrait y être adjoint, afin de coupler en une seule action ciblage et traitement.

Nanotechnologies sur le plan thérapeutique

Au début du XXe siècle, le scientifique allemand Paul Ehrlich théorisait l’idée de la « magic bullet » : une « balle magique »  qui serait spécifiquement dirigée et active contre les agents infectieux au sein de l’organisme. Ce concept est aujourd’hui une réalité grâce à la vectorisation des médicaments permise par les nanotechnologies.

L’utilisation de nanovecteurs particulaires offre aujourd’hui des réponses aux difficultés rencontrées par la thérapeutique classique. Elle consiste à intégrer un principe actif dans un vecteur (micelle, liposome, enveloppe de polymère biodégradable…) ou à utiliser des nanomatériaux minéraux (nanoparticules d’or, silicium poreux…) pour adresser spécifiquement ce médicament à un tissu cible, sans qu’il soit distribué ailleurs dans l’organisme.

La vectorisation peut aussi concerner un principe actif dont les propriétés physico-chimiques l’empêchaient jusqu’à présent d’être administrable tel quel. Porté par le nanovecteur, le principe actif est en outre protégé d’une dégradation biologique avant d’atteindre son tissu cible. Il peut enfin être « déclenché » ou libéré de façon progressive dans le temps : pour cela, on l’associe à un nanocomposé activable sous l’influence d’un signal (laser, rayons X …).

Les nanomédicaments pourraient donc améliorer la balance bénéfice-risque de médicaments en augmentant leur efficacité et leur biodisponibilité au niveau du tissu ou de l’organe cible, tout en réduisant les doses à administrer et le risque de toxicité.

Récemment, ​Une collaboration incluant des chercheurs de l’Iramis est parvenue à reproduire in vitro le transport de l’oxygène via un substitut sanguin à base de nanoparticules de silice. Les chercheurs ont montré que des molécules d’hémoglobine peuvent spontanément s’adsorber à la surface de nanoparticules de silice. Ils observent alors, qu’ainsi piégée, l’hémoglobine conserve sa structure et conserve sa fonction de capture du dioxygène de la même manière que dans un globule rouge. Transporté par un « véhicule » bien plus petit, le dioxygène pourrait être libéré même dans un capillaire « asphyxié » par une occlusion vasculaire. Ces substituts sanguins seraient aussi particulièrement indiqués pour le traitement de certaines anémies comme celle provoquée par la drépanocytose. Cette maladie génétique entraîne une altération de l’hémoglobine et une déformation des globules rouges, à l’origine d’une mauvaise circulation sanguine (2).

Dans le domaine de l’oncologie, on souligne le rôle des nanoparticules d’oxyde de fer synthétisées par des bactéries qui ont montré une affinité pour les cellules tumorales de la prostate implantées chez la souris. Ce sont des « magnétosomes », des nano-aimants qui présentent un fort potentiel d’utilisation en médecine. En particulier, l’absorption de lumière par le corps minéral de ces aimants leur permet de restituer un excès de chaleur d’une dizaine de degrés dans les cellules où ils se sont concentrés. En associant une source laser et des magnétosomes ayant une affinité pour les cellules tumorales ciblées, il est ainsi possible de détruire ces cellules par thérapie photothermique (3).

Quels risques pour l’Homme

Comme toute activité humaine, les nanotechnologies comportent des risques. Une nano-écotoxicologie ainsi qu’une nano-épidémiologie doivent être développées afin d’anticiper ces problématiques. Il s’ouvre ainsi une opportunité pour les jeunes étudiants en pharmacie.

L’utilisation de nanotechnologies prête à des débats sociaux et politiques. Certains se font les défenseurs inconditionnels de cette nouvelle industrie qui pourrait selon eux, faire disparaître la pauvreté à la surface de la terre. D’autres, à l’inverse, réclament des mesures draconiennes pour contrer les risques de cette innovation. L’imposition d’un moratoire a d’ailleurs été revendiquée par différents organismes de défense de l’environnement.

En conclusion, l’utilisation des nanotechnologies est en plein essor dans le monde industrialisé, plusieurs pays investissant des sommes d’argent colossales dans ce champ d’activité. Les secteurs potentiels d’application des nanotechnologies sont énormes et d’une portée sans précédent. De nombreux organismes internationaux ont débuté leur réflexion sur le sujet et plusieurs rapports sur les impacts ont été produits à l’heure actuelle. Cependant, les connaissances sur les impacts des nanotechnologies sur l’environnement et la santé restent insuffisantes.

 

1.https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/nanotechnologies
2. Devineau S, Kiger L, Galacteros F et al. Manipulating hemoglobin oxygenation using silica nanoparticles: a novel prospect for artificial oxygen carriers. Blood Advances 2018 2:90-94
3. Plan Sangnier A1, Preveral S2, Curcio A et al. Targeted thermal therapy with genetically engineered magnetite magnetosomes@RGD: Photothermia is far more efficient than magnetic hyperthermia. J Control Release. 2018 Jun 10;279:271-281.

La bonne santé mentale passe par la considération et la reconnaissance

La bonne santé mentale passe par la considération et la reconnaissance

Lorsque l’on cherche à améliorer l’expérience patient, les patients émettent souvent la volonté d’échanger spécifiquement sur le thème de la considération et de la reconnaissance. « Je me sens un numéro dans cet hôpital », « il m’a annoncé le traitement sans me regarder, sans me considérer », « elle n’a pas daigné me dire la vérité »… ces critiques fréquentes à l’encontre des soignants amènent à réfléchir sur ce qu’est la considération et ce que sont les marques de considération, dont nombre de patients se plaignent du manque.

La considération

La clé de voûte de notre équilibre personnel est représentée par « nos besoins existentiels fondamentaux », c’est à dire notre besoin de se sentir exister grâce à : la considération, la reconnaissance, la compréhension, l’écoute et à l’amour.

Nous avons besoin de nous sentir exister dans le regard de l’autre. Lorsque la considération fait défaut, cela peut nuire à notre santé mentale, ce manque peut générer un mal-être.

Toute la technicité que la Médecine peut déployer ne peut souvent pas rattraper le manque de considération ressenti par le patient.

Il n’y a pas de symptômes nous alertant de cette carence, mais plutôt des signaux internes nous signifiant un manque.

Comme un cil qui gratte posé sur la joue, portant notre attention sur la cause de cette gêne pour le retirer, la douleur est l’appel à notre conscience de l’ordre en soi qui cherche à se rétablir.

La Considération est l’attention portée envers quelqu’un ou quelque chose, souvent confondue avec l’Estime, étant l’appréciation favorable vis à vis de quelqu’un ou quelque chose. La considération est représentée par des égards que l’on témoigne à quelqu’un après avoir pu apprécier sa valeur.

On peut considérer autrui, ou se considérer soi-même (ou pas) ; dans les cas de dévalorisation de l’image de soi, fréquents lorsqu’il existe une altération de l’image corporelle induite par les chimiothérapies par exemple, un besoin de considération et de reconnaissance est souvent accru.

Qu’est-ce que la reconnaissance ?

En droit, la reconnaissance est un acte unilatéral par lequel un État accepte de considérer qu’une situation ou un acte produit des effets.

La reconnaissance peut être uni ou bilatérale également.

C’est aussi un sentiment qui incite à se considérer comme redevable envers la personne de qui on a reçu un bienfait : Témoigner sa reconnaissance à quelqu’un.

“Le dialogue véritable suppose la reconnaissance de l’autre, à la fois dans son identité et dans son altérité.” Ainsi, le souhait de reconnaissance, faisant défaut à de nombreux patients, pourrait être une manière de vouloir faciliter la communication lorsqu’on est une personne soignée.

La sécurité d’un discours de vérité et d’une considération identitaire se dissimule à peine derrière le besoin de reconnaissance de nos patients.

Si « La reconnaissance est la seule dette qu’un débiteur aime à voir s’accroître », la « considération nous aide à rester humain dans un monde inhumain » disait Corrine Pelluchon.

Après l’ère mystique qu’a connu la Médecine et l’avènement du darwinisme et de la science, le progrès a toujours été prometteur du droit à une pleine santé. A une époque où les avancées technologiques sont perceptibles, les patients sont souvent déçus de l’imperfection d’une Médecine devenue plus technique qu’humaine.

Différentes formes de considération

Dans la considération, on passe du souci de soi au souci du monde. Il y a assurément des degrés dans la considération. Beaucoup ne vont pas jusqu’au « vivre pour » qui culmine dans l’engagement en faveur d’une cause honorant la vie. Ils en restent au « vivre avec », c’est-à-dire à la coopération au sein d’une communauté restreinte. C’est déjà bien, parce que, la plupart du temps, les conditions de la convivance ne sont pas réunies. On est là dans une simple coexistence, voire dans la défiance. Les vertus civiques et civiles sans lesquelles la démocratie est fragilisée ne vont pas de soi.

Dans les trois dimensions du vivre : « vivre de », « vivre avec » et « vivre pour », la considération n’est jamais acquise une fois pour toutes. La première étape est l’humilité, qui n’est pas une vertu, mais une expérience et une méthode. Elle n’est pas seulement liée à la prise de conscience de ses imperfections, mais au rappel de sa condition d’être engendré. Ce rappel, joint à l’expérience de sa vulnérabilité, dépouille l’individu des attributs sociaux, le rendant sensible aux autres et le disposant à la compassion. Enfin, l’humilité est nécessaire pour écarter la tentation de la toute-puissance et remettre le sujet sur le chemin de la considération.

Le projet personnel d’émancipation passe par la considération, chaque patient fragilisé mériterait d’être accompagné dans ce sens lors de sa convalescence. Sans la considération, les êtres sont atomisés ; ils vivent dans une coexistence indifférente, voire dans la défiance, et les passions tristes dégradent fatalement le lien social ou le détruisent. Les êtres, y compris dans les démocraties libérales, sont vulnérables aux formes autoritaires et totalitaires du pouvoir, à la domination. Aujourd’hui, la médecine est souvent perçue comme un déséquilibre entre le soignant sachant et le patient affaibli ; le mouvement de démocratie sanitaire tend à rééquilibrer les rapporte soignants-patients, aidés par la diffusion de la connaissance plus qu’efficace à l’ère du numérique.

Connaissances et Reconnaissance

Certaines versions du serment d’Hippocrate méritent d’être rappelées et contiennent la phrase :

« Je témoignerai à mes professeurs, à mes collègues et à mes étudiants le respect et la reconnaissance qui leur sont dus ; Je partagerai mes connaissances médicales au bénéfice du patient et pour les progrès des soins de santé  »

Cet oubli de la reconnaissance mène à des pathologies dont l’origine doit se trouver dans l’absence de réponse aux sollicitations affectives d’autrui par défaut d’attention, où de la sorte tout lien social est coupé.

S’il est vrai que « qui paye ses dettes s’enrichit », il convient de commencer par « reconnaître » ses dettes pour s’enrichir… la reconnaissance conduit le plus souvent un enrichissement…

La relation à autrui est au centre de la construction de soi comme sujet libre, désirant, agissant, pensant.

Si le patient peut « mourir » dans les yeux de ses soignants s’il n’est pas reconnu comme une personne à part entière, la considération comme attention singulière, autant que la reconnaissance comme sentiment construit, sont la clé de voûte de cette relation Médecin-Patient.

 Je suggérerai volontiers que « l’émotion est au sentiment, ce que la considération est à la reconnaissance » ; le comprendre est un préambule indispensable au mérite que l’on a de la confiance que nous porte nos patients…

Dr Alain Toledano

Le dépistage du Cancer de la peau : un enjeu majeur chez les sujets à haut risque

Le dépistage du Cancer de la peau : un enjeu majeur chez les sujets à haut risque

Épidémiologie du cancer de la peau (cancer cutané)

Les cancers cutanés sont des atteintes fréquentes de l’adulte, leur nombre a plus que triplé entre 1980 et 2012 (1). Les principaux facteurs de risques étant l’âge et l’exposition aux UV chroniques ou intermittentes, leur incidence augmente régulièrement du fait de l’allongement de la durée de vie et des habitudes comportementales (en particulier l’exposition solaire répétée).

  • Les carcinomes basocellulaires sont les plus fréquents (70%), ce sont des atteintes d’évolution lente essentiellement locales. La plupart surviennent après l’âge de 50 ans sur des zones de photo-exposition intermittentes aigües.
  • Les carcinomes spinocellulaires ou épidermoïdes (20%) sont des tumeurs plus agressives avec un potentiel métastatique et dans ce contexte c’est surtout l’exposition solaire cumulative qui est retenue comme principal facteur de risque.

Parmi les cancers cutanés, il faut distinguer les carcinomes cutanés (90%) des mélanomes (10%).

Le Mélanome cutané

Moins fréquent (10%), il a un haut potentiel métastatique. C’est le cancer qui a la plus forte augmentation d’incidence. En 2017, il représente 4% des cancers incidents en France. Des études de cohortes réalisées dans plusieurs pays indiquent que cette augmentation de l’incidence se poursuivra au moins au cours des deux prochaines décennies. Ils peuvent apparaître sur une peau saine (la grande majorité des cas) ou résulter de la transformation maligne d’un nævus (appelé communément « grain de beauté »).

On estime qu’environ 7-10 % des mélanomes correspondraient à des formes familiales. Dans ce contexte, les individus d’une même famille sont à risques plus élevé de développer un mélanome et il apparaît indispensable à ce que les familles « à risque » puissent bénéficier de programme personnalisé de suivi. En effet, le dépistage d’un mélanome à un stade précoce conditionne son pronostic.

Source :  https://www.e-cancer.fr/Professionnels-de-sante/Depistage-et-detection-precoce/Detection-precoce-des-cancers-de-la-peau/Epidemiologie#toc-l-essentiel-sur-les-carcinomes

Certaines formes familiales sont liées à une mutation sur un gène de prédisposition connu et le diagnostic génétique chez les apparentés permet, dans 50% des cas, de délivrer la bonne nouvelle d’absence de la mutation familiale.

Le phototype cutané

C’est un facteur de susceptibilité individuelle, déterminé sur une échelle de 1 à 6, il dépend de la couleur de la peau, de la couleur des yeux et cheveux, de la capacité à bronzer et de la réaction au soleil. Ainsi, les peaux les plus claires (I et II), prenant volontiers des coups de soleil, sont plus à risque que les peaux de phototype foncé (V et VI), bronzant rapidement.

Modalités de prévention du cancer de la peau

L’examen clinique dermatologique annuel est recommandé chez les individus à phototype claire avec ou sans nævus. La présence de multiples nævus doit inciter à consulter de manière régulière, surtout en cas d’asymétrie, de bords irréguliers, de couleur hétérogènes, de diamètre > 6mm et évolutivité d’une lésion pigmentée.

Chez les individus à haut risque, selon les recommandations de la Société Française de Dermatologie, une surveillance dermatologique semestrielle à vie est préconisée. Peuvent s’ajouter à cette surveillance, l’examen de vidéo-dermoscopie numérique et la photographie corporelle totale. Une étude rétrospective récente, menée par l’équipe d’onco-dermatologie de l’hôpital Saint-Louis chez les sujets à haut risque, montre l’intérêt du suivi digital des mélanomes (2). La photo-protection et l’auto-surveillance sont également primordiales dans la prévention primaire du mélanome chez les individus indemnes, mais à risque.

Sources :

  1. https://www.e-cancer.fr/Professionnels-de-sante/Depistage-et-detection-precoce/Detection-precoce-des-cancers-de-la-peau/Epidemiologie#toc-l-essentiel-sur-les-carcinomes
  2. Gasparini G, Madjlessi N, Delyon J et al. Usefulness of the « two-step method » of digital follow-up for early-stage melanoma detection in high-risk French patients: a retrospective 4-year study. Br J Dermatol 2019.