Docteur Alain Toledano,

Cancérologie Radiothérapie, Institut de Cancérologie Hartmann, 4 rue Kleber, Levallois-France

Institut Rafaël, Levallois

 

La connaissance des mécanismes de défense des soignants est utile à notre perfectionnement, et à l’amélioration de nos pratiques professionnelles. Elle nous autorise à envisager avec plus de recul les différentes phases par lesquelles le patient peut passer lors de sa maladie : le déni, la révolte, l’acceptation, la résignation…

La communication entre le médecin et le patient, pour être efficace, doit prendre en compte les différents moments dont le patient a besoin pour l’acceptation, et son environnement personnel. On ne doit pas être systématique dans sa manière de communiquer avec les patients.

Cette grille de lecture psychologique est aussi utile pour mieux appréhender les réactions des patients, mais également celles de leur famille.

Apprendre à mieux se connaître dans son rôle de soignant est au moins aussi important que de bien comprendre les réactions de ses patients. La relation médecin-patient est le point central de l’humanisation de la Médecine.

Nous allons évoquer différents types de modèle relationnel médecin-patient.

A- Le modèle informatif

Information cancerologieLe docteur dispense l’information brute, sans suggestion. Le choix est entièrement dédié au patient. Cette approche peut apparaître froide et désintéressée ; même si elle est jugée parfois adaptée à une consultation « one-shot », son caractère peut apparaître rude en cancérologie. L’autonomisation irréaliste du patient du patient atteint de cancer a été soulignée dans nos discussions, ce modèle classiquement « anglo-saxon », basé souvent sur des données purement chiffrées et sans affect transparaissant, est répandu dans certaines pratiques.

Exemple du médecin qui annonce à son patient lors de la première consultation « vous avez 30% de chance de guérir si vous faites ce traitement, mais le risque de complication est majeur. »

B- Le modèle paternaliste

Medecin cancerologieCe modèle est autocratique, où le docteur est le savant assumé. Le médecin prescrit, le patient se soumet et exécute les ordres et ordonnances. Il n’y a pas d’échange d’informations, alors qu’elles sont parfois souhaitables… Ce modèle plus « latin » peut être illustré à l’extrême par l’exemple de cette patiente qui demande « de quoi va-t-on m’opérer déjà ? », et se voit répondre « c’est moi le médecin, je vous l’ai déjà dit et n’ai pas plus de temps à vous consacrer, rendez vous mardi prochain ».
Le patient peut se sentir « dépossédé » de sa maladie, cela peut majorer son angoisse, rarement il se sent rassuré de se « livrer complètement » à son thérapeute.

C- Le modèle interprétatif

Apres cancer medecinCe troisième modèle implique une décision partagée, où des recommandations tenant compte du patient sont prodiguées, le docteur discute avec son patient de ce qu’il pense être le mieux pour lui, accepte la critique et les suggestions alternatives. Ce modèle relationnel est souvent plus adapté en cancérologie.

L’échange thérapeutique nécessite souvent du temps pour bien assimiler les problématiques et partager une décision avec ses bénéfices potentiels et ses risques.

La fragilité et la rupture psychosociale que génère le diagnostic de cancer sont constantes, pour les patients, comme pour leur famille. Cette annonce est tout le temps inattendue et traumatisante.

« Personne, au fond, ne croit à sa propre mort ou, ce qui revient au même : dans l’inconscient, chacun de nous est persuadé de son immortalité. » disait Freud ; cela illustre bien la brutalité de la maladie, et nous incite à améliorer nos outils de communications en médecine et en cancérologie.

La gestion des risques médicaux potentiels ou avérés dépend toujours d’un choix, conditionné en partie à la personnalité du médecin, à ce qu’il perçoit du patient qu’il prend en charge, et à la relation qui s’est installée entre eux.

La qualité relationnelle dépend également grandement du temps que nous accordons à nos patients, et de l’ouverture d’esprit indispensable que les soignants doivent avoir pour s’adapter à chaque patient dans sa singularité.